Le droit et les abeilles

Hier, j’étais invitée à participer à une table ronde, lors d’une conférence à Elven (56) : La place de l’Abeille dans notre vie de tous les jours : hier, aujourd’hui et demain (enjeux et risques) ?

Et je me suis interrogée sur la place de l’Abeille, dans notre droit, actuellement. Comment l’abeille, les insectes pollinisateurs sont-ils protégés? Quelles politiques publiques peuvent être mobilisées pour préserver l’environnement des abeilles ? Voici quelques éléments de réponses.

Le droit de l’environnement repose sur 9 principes fondamentaux, certains ont été créés par la charte de l’environnement de 2005, et d’autres ont été introduits plus récemment par la loi sur la biodiversité en 2016. Ces 9 principes sont le principe de précaution, le principe de prévention, le principe pollueur-payeur, le droit à l’information, la participation du public, la solidarité écologique, l’utilisation durable des ressources, le principe de complémentarité entre l’environnement et d’autres activités, le principe de non régression du droit de l’environnement. Nous ne verrons que les 5 premiers, beaucoup plus documentés pour le moment.  Chaque principe peut être utilisé pour préserver l’abeille, les pollinisateurs et leurs milieux, qu’il soit forestier, aquatique, naturel ou agricole.

Précaution et abeilles

Le principe de précaution vise à protéger l’environnement, et à prévenir les dommages qui lui pourraient lui être causés, avant même qu’il y ait un impact, et en l’absence de preuves scientifiques. C’est grâce à ce principe, par exemple, que les entreprises créant des produits chimiques doivent évaluer les risques environnementaux sur les milieux et la faune, dont les insectes et les abeilles, avant leur mise sur le marché. C’est notamment grâce à lui, qu’il y a des interdictions d’usages ou des préconisations techniques pour l’application de certains produits, comme les produits phytosanitaires, au niveau des espaces naturels et des milieux aquatiques, en bord de champs ou dans les communes.

Prévenir les atteintes aux pollinisateurs et aux milieux

Le principe de prévention vise à éviter les atteintes à la biodiversité, à les réduire, et s’il en reste à les compenser. C’est ce principe qui conduit certains aménageurs, qui construisent des routes, des équipements sportifs, des centres commerciaux, dans des espaces naturels, à recréer des espaces de biodiversité. Il pourrait être intéressant de regarder quelle est la place des insectes pollinisateurs dans ces études et ces projets de réaménagements, si par exemple, l’accès à des points d’eau ou aux ressources alimentaires des abeilles et autres insectes est pris en compte.

Les politiques de zonages environnementaux répondent également à ce principe, pour préserver des espaces naturels des activités humaines. Je pense notamment aux sites Natura 2000, aux espaces boisés classés, aux parcs nationaux, ou zones humides protégées. Ce sont des espaces de tranquillité pour les abeilles, et les insectes. Peu ou pas d’intervention humaine. Cela favorise les ressources alimentaires pour les insectes : fleurs, ronces, fruits, ou les espaces de nidification pour les insectes : vieux troncs, sols non labourés, murets en pierre abandonnés…

Ces espaces naturels sont à privilégier, et cela peut être le rôle des communes, des communautés de communes de les préserver, pour permettre aux pollinisateurs de se nourrir, de créer leurs nids… Cela peut passer par le label « Commune Zéro Pesticide » ou par des espaces de fauche tardive pour laisser pousser les fleurs sauvages.  La trame verte et bleue, par exemple, peut être un très bel outil pour créer des corridors écologiques sur les communes, identifier des espaces de tranquillité pour la faune et la flore, et ainsi proposer des refuges pour les abeilles et les pollinisateurs.

Le principe pollueur-payeur et les pollinisateurs

Il existe un 3ème principe très important actuellement, le principe pollueur payeur. Cela implique que celui qui pollue les milieux naturels, payent les réparations. Plusieurs redevances reposent sur ce principe : la redevance eau, la redevance pour pollution diffuse. Et elle permet de financer de nombreuses actions pour préserver l’environnement, notamment à travers les subventions des agences de l’eau. C’est aussi sur lui, que le Juge s’est appuyé pour créer le préjudice écologique, dans l’affaire du naufrage de l’Erika, cela avait permis d’indemniser les ostréiculteurs et les dégâts causés aux littoraux. Depuis, le préjudice écologique a été consacré dans le Code Civil, par la loi de 2016 pour la biodiversité. Cet outil juridique permet ainsi à la société civile, de demander réparation pour un préjudice subi au niveau environnemental. Il nécessite dans ce cas, de vérifier le lien de causalité entre le dommage écologique et l’activité suspectée de l’avoir créé. Une piste à explorer en cas de dommages importants sur des ruchers par exemple. 

L’information du public : une priorité pour protéger les insectes

Selon le principe d’information, toute personne doit avoir accès à l’information sur l’environnement détenue par les personnes publiques, et sur toutes décisions prises par les personnes publiques impactant l’environnement. Tous les outils de connaissance de la faune et de la flore, les inventaires du Muséum auquel participe l’OPIE, l’association dont je suis membre, les applications Grand Public comme le SPIPOLL, l’application de photographie des insectes du jardin et toutes les stratégies de diffusion et de sensibilisation du citoyen vont dans ce sens.  Les données scientifiques, notamment les populations d’insectes, les comportements des ruchers, le rôle des pollinisateurs dans notre société (la pollinisation des arbres fruitiers, des fleurs,…), doivent permettre aux citoyens de prendre conscience de l’importance de prendre soin de la nature, des milieux naturels et de toute la faune et de la flore. C’est un point central, et ce soir, ce colloque y participe pleinement. C’est notre devoir d’informer, de communiquer les chiffres, d’éveiller les consciences.

Participation du public : donner son avis et créer des projets citoyens pour les abeilles

Le dernier principe, celui de la participation du public est aussi fondamental. Tout citoyen peut donner son avis sur les décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement. C’est le fondement des enquêtes publiques, des consultants du public en ligne sur des grands projets d’aménagement, ou pour un PLU ou un SCOT, les budgets participatifs des communes dédiés à l’environnement, ou encore la participation des associations environnementales aux instances de décision.  Chacun peut œuvrer pour la protection de l’environnement, à son échelle, avec ses moyens, il peut donner son avis, et proposer des solutions. Et cela vaut aussi pour les abeilles et les insectes pollinisateurs. L’OPIE a notamment créé en ce sens, le plan national des pollinisateurs, avec le ministère de l’écologie, pour impliquer tous les acteurs dans la protection des pollinisateurs : collectivités territoriales, associations environnementales, citoyens, agriculteurs, forestiers, gestionnaires d’espaces naturels…

Conclusion : faire émerger des projets pour les abeilles

Il existe plein de projets intéressants pour préserver les abeilles, sensibiliser les enfants et les citoyens, créer des partenariats : comme les ruchers partagés, les hôtels à insectes, des jardins partagés avec des ressources mellifères, des partenariats entre apiculteurs et agriculteurs pour préserver des prairies fleuries, ou semer des fleurs près des champs, ou avec des forestiers pour préserver des parcelles boisées sans intervention humaine…. créer des îlots de biodiversité.

Nos territoires peuvent être des laboratoires d’idées, d’expériences, de projets écologiques citoyens. Laissons émerger nos idées, nos envies, et nous pourrons certainement créer une société où les hommes et les abeilles peuvent vivre en paix.

Les activités d’Octobre

Au mois d’Octobre, Je & Nature vous propose de poursuivre votre exploration, d’aller à la rencontre de votre histoire, de découvrir votre place en tant que citoyen. L’automne est le temps des récoltes, le temps de recevoir les fruits des arbres. Un temps pour poser, comprendre et ralentir.

Cercle d’exploration: explorons ensemble, le temps d’un cercle, un sujet de société. Après une lecture et quelques connaissances glanées au cours de mes expériences professionnelles et de mon parcours, je vous invite à échanger sur des sujets d’avenir : politique, environnement, vivre ensemble…

Cercle conté Il était une fois le couple : Un moment pour imaginer son couple idéal, rêve à une relation profonde. Comprendre les clés de nos envies. Et construire, partager, prendre un temps pour conter son histoire de couple.

Cercle conté Il était une fois la femme : Un conte, puis un cercle de paroles pour rêver son histoire de femme, imaginer un avenir réjouissant, déposer son histoire, découvrir sa magie intérieure. A partir de 15 ans

Informations

Sur inscription uniquement au 06.06.52.50.77 ou par mail

Lieu : Des Feuilles et des Hiboux – 12 le Palastre 56890 Plescop

Je & Nature, la rentrée de septembre

Au mois de septembre, Je & Nature vous propose des moments pour explorer votre vie avec un autre regard, une onde de magie et beaucoup d’espoir.

Méditation contée : une parenthèse contée pour vous échapper de votre quotidien et vous reconnecter à votre magie intérieure. Un temps pour vous, pour prendre soin de votre univers intérieur et apprendre à méditer grâce aux contes.

Cercle d’exploration: explorons ensemble, le temps d’un cercle, un sujet de société. Après une lecture et quelques connaissances glanées au cours de mes expériences professionnelles et de mon parcours, je vous invite à échanger sur des sujets d’avenir : politique, environnement, vivre ensemble…

Cercle conté Il était une fois mes rêves : Un moment pour mettre de côté ses pensées, rêver et laisser libre court à son imagination. Quels sont mes propres rêves ? Qu’est ce qui me fait vibrer ? Comment se dessine mon monde utopique ? A partir de 15 ans

Informations

Sur inscription uniquement au 06.06.52.50.77 ou par mail

Lieu : Des Feuilles et des Hiboux – 12 le Palastre 56890 Plescop

Cercles d’exploration – Redevenir citoyen

{ Cercles d’exploration : Re-devenir citoyen }

Qu’est ce que c’est, ce cercle d’exploration ? Un lieu de transmission et de partage, où je vous propose de vous transmettre mes connaissances et mes expériences, pour ensuite qu’on explore ensemble les possibles sur le sujet donné. Après une lecture d’un ou de plusieurs textes sélectionnés avec soin, je vous apporterais quelques notions, dates clés et concepts, pour amener du grain à moudre à notre exploration.

La première série de cercles portera sur le fait de redevenir citoyen, de nous réapproprier notre rôle en tant qu’habitant de la cité, en tant qu’acteur de notre société.

Et pour explorer ce sujet je vous propose quatre cercles :

° Être citoyen aujourd’hui

° Définir son projet de citoyen

° S’engager pour sa citoyenneté

° Agir et vivre en citoyen du monde

Être citoyen aujourd’hui : Qu’est ce qu’être citoyen aujourd’hui ? Quelles sont les règles de notre cité ? De notre société ? Quelle est notre place dans notre société ?

Définir son projet de citoyen : Définir ses idées, ses valeurs, s’informer, comprendre la société et ses évolutions. Définir la cité ou la société dans laquelle nous aimerions vivre.

S’engager pour sa citoyenneté : Avoir envie de contribuer, de participer à notre démocratie, d’œuvrer pour la société de demain. Oui mais comment ? Quels moyens ? Avec quels acteurs ? A quelle échelle ?

Agir et vivre en citoyen du monde : Agir au quotidien en tant que citoyen, mettre de la conscience dans nos actes. Devenir acteur de la société. Prendre sa place, se positionner, faire des choix, et agir pour un monde meilleur demain.

Lieu à Des Feuilles et des Hiboux

Prix : 20 euros/personne Premières

Dates :

° Être citoyen aujourd’hui – Vendredi 27/08 à 18h30

° Définir son projet de citoyen – Vendredi 24/09 à 18h30

° S’engager pour sa citoyenneté – Vendredi 15/10 à 18h30

° Agir et vivre en citoyen du monde – Vendredi 05/11 à 18h30

Plus d’infos : 0606525077

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Un temps pour la nature – 3 et 4 Juillet 2021

Les 3 et 4 juillet, Je & Nature s’est associée à trois autres partenaires pour vous proposer des moments Nature, à la longère Des Feuilles et des Hiboux (12 le Palastre 56890 Plescop).

Une sortie Nature et Ressentis, le samedi matin, un atelier Des Pollinisateurs, des abeilles et des Hommes, le samedi après-midi, un cercle conté Il était une fois la planète, le samedi soir, et une fresque océane le dimanche après midi.

Marina, spécialiste des oiseaux et des mammifères marins, vous emmènera en balade, écouter la nature, découvrir vos ressentis dans la nature, et explorer vos sens.

Julie, spécialiste des pollinisateurs et apicultrice, vous fera découvrir l’univers des pollinisateurs et des abeilles, et notre rôle, en tant qu’humain pour les préserver.

Pour ma part, je vous emmènerai en voyage conté, le samedi soir, dans notre salon de thé, pour découvrir l’univers onirique des contes, rencontrer votre imaginaire, et rêver ensemble notre monde pour demain.

Laetitia, spécialiste RSE, vous propose de créer, de manière ludique et collaborative, une fresque océane, le dimanche après midi, avec un goûter.

Pour toute information complémentaire, n’hésitez pas à m’appeler au 0606525077.

Naturellement vôtre,

Kristell

Les p’tites infos :

Samedi 3 Juillet – Marina Léoni
« Sortie Nature et Ressentis » – Départ de la longère
10h-12h – Tarif : 20 €
06 83 96 59 92

Samedi 3 Juillet – Julie Rieunier – Biodivertissons
« Des Pollinisateurs, des Abeilles et des Hommes » – Salon de thé et Jardin
14h à 16h. Tarif : 35 €
06 47 96 01 98 – biodiverstissons@gmail.com

Samedi 3 Juillet – Kristell Labous Je & Nature
Cercle conté – Il était une fois ma planète
19h-21h – Tarif : 20€
06 06 525077 – labous.kristell@gmail.com

Dimanche 4 Juillet – Laëtitia Chédru
Fresque Océane – Salon de thé
14h30 – 17h30 – Tarif : 18 €
http://www.billetweb.fr/atelier-fresque-oceane

Les dimanches Je et Nature – Juin et Juillet

Au mois de Juin et de Juillet, Je & Nature vous propose des moments autour du conte et de la nature, les dimanches matins, ou les samedis.

Tout un programme vous attend pour découvrir la nature et vous reconnecter à votre vraie nature : marché du printemps, méditation contée, cercle conté, moment conté parents-enfants, journée créativité et conte.

Marché du printemps : Retrouvez Je & Nature et Baladoù, pour le marché du Printemps, à Plescop, Place de la Mairie, Dimanche 6 Juin, de 10h à 18h. Vous y découvrirez les carnets de voyage Baladoù – Découvrir le pays de Vannes autrement, mais aussi les ateliers Je & Nature, et quelques petits jeux d’animation sur la nature.

Cercle conté sur la beauté du monde : Un hymne à la beauté, à notre rapport au monde, à notre rapport au délicat, au magnifique, à la poésie. Un cercle conté pour éveiller la beauté, l’envie de s’émerveiller, de voir la vie avec des étincelles dans les yeux. Un cercle pour échanger, venir déposer ses envies, ses croyances, ses sous-entendus.

Méditation contée : une parenthèse contée pour vous échapper de votre quotidien et vous reconnecter à votre magie intérieure. Un temps pour vous, pour prendre soin de votre univers intérieur et apprendre à méditer grâce aux contes.

Il était une fois la nature : un moment magique parents-enfants pour se reconnecter à la nature, partir en voyage dans un conte et son univers imaginaire, et cheminer au sein de la nature pour un temps conté dans un salon de thé.

Cercle conté sur la planète: raconter son rapport à la planète, à l’écologie… un moment conté pour partir à la rencontre de notre belle planète, et venir dessiner son futur. Un temps d’échanges et de paroles pour passer à l’action, partager, expérimenter toutes nos idées pour protéger notre belle planète. Un espace pour construire ensemble un monde meilleur pour demain.

Cercle conté Il était une fois un papa, Il était une fois une maman : Un moment unique pour venir échanger sur notre rapport à la parentalité, sur notre vie de père ou de mère, pour venir imaginer une autre façon d’être parent. Un espace pour construire son histoire, pour rêver son univers de parent. Un lieu pour déposer, échanger, parler de sa vie de papa, ou de maman.

Journée Créativité et Conte sur la Nature : en partenariat avec Gwennoline, nous organisons une journée autour du conte et de la créativité dans un jardin. Un moment unique pour se rapprocher de la nature, la rencontrer, la découvrir à travers notre sensibilité, notre rapport à la beauté, et à l’art. Plus d’informations prochainement.


Informations et Tarifs

Sur inscription uniquement au 06.06.52.50.77 ou par mail

Lieu : Des Feuilles et des Hiboux – 12 le Palastre 56890 Plescop

Marché du printemps : Gratuit – Ouvert à tous

Il était une fois la Nature – à partir de 5 ans : 10 euros par personne

La Méditation Contée – à partir de 15 ans : 10 euros par personne

Le cercle conté – à partir de 15 ans : 20 euros par personne


Sortie Sophro Nature – Dimanche 16 mai

Au cours de cette balade, Marie Lécuyer vous proposera d’expérimenter différentes pratiques de sophrologie et je vous inviterai par différents jeux, à prendre conscience de nos liens avec la nature et de découvrir les écosystème qui nous entourent.

Un moment pour vous reconnecter à vous, à votre lien à la nature, un moment d’immersion en forêt et près d’une rivière. Entre eau et racines.

Horaires : Dimanche 16 mai de 10h à 13h

Lieu: Forêt de Camors ( plus de détails à l’inscription)- Tarif: 35€/ personne

Places limitées : 12 personnes

Inscription : labous.kristell@gmail.com / 0606525077

Portrait « Les Bottes d’Anémone »

Les Bottes d’Anémone, créée par Tiphaine Turluche, le 1er août 2020, est une entreprise de fleurs. Tiphaine crée des bouquets avec des fleurs fraiches et locales chaque semaine. Son rayon d’action : le Golfe du Morbihan, et une fois par mois Lorient. Tiphaine a choisi le mot « magie » pour définir son rapport à la nature.

Avant de créer ton entreprise, quel était ton lien avec la nature ?

J’ai toujours adoré la voile, et la mer, et être dans l’eau. J’étais toujours en lien avec l’océan, la mer, les lacs et les plans d’eau. Je n’étais pas spécialement attirée par la forêt, ou en tout cas, je n’y prêtais pas particulièrement attention. Je n’étais pas, non plus, reliée aux végétaux, à la verdure. C’est lorsque j’ai eu mon premier petit jardin, que j’ai commencé à faire pousser des végétaux, que le déclic s’est opéré. Je suis toujours attirée par l’eau, mais depuis, je regarde aussi la terre. Par exemple, auparavant quand je faisais une balade en bord de mer, je regardais tout le temps du côté bleu, et l’année dernière, je regardais plutôt uniquement du côté vert, et maintenant, je regarde des deux côtés, et je m’émerveille tout le temps.

Dans le passé, as-tu déjà mené des actions de protection de la nature, des projets, ou as-tu mené des actions de défense de l’environnement ?

Je n’ai jamais été militante, j’ai participé à des nettoyages de plage très souvent. A part dans mes actions quotidiennes, mais je n’ai jamais cherché à convaincre les autres. A la maison, j’avais commencé, domaine par domaine, à réfléchir aux déchets, à tendre vers le zéro déchet, et à éliminer le plastique. Avant, pour ma vie professionnelle, je faisais des tours du monde, tous les ans : avec de nombreux vols d’avion, beaucoup de nuitées à l’hôtel, des objets jetables en permanence, et je ne me rendais pas vraiment compte de l’impact global de ce mode de vie. C’est davantage, en ralentissant, en ayant un peu plus de temps à la maison, que je me suis posée des questions sur les déchets : notre sac poubelle était rempli en quelques secondes. On a commencé par installer un compost dans le jardin. Du jour au lendemain, on a divisé par deux nos poubelles. On s’est rendu compte que c’était très efficace. On s’est servi ensuite du compost sur le potager. De là, on s’est demandé ce que nous pouvions faire d’autre. Nous avons lu le livre « La Famille Zéro Déchet », qui aide à déculpabiliser un peu. Tu n’es pas obligé d’être parfait toutes les semaines, mais tu peux essayer un peu chaque jour. Ça s’est fait petit à petit. Le fait de manger des produits locaux, c’était déjà mis en place à la maison, on aime bien « bien manger », nous ne faisions déjà plus nos courses au supermarché. On y allait quand même, parfois pour du papier toilette. Et puis, là, on se pose la question, où est ce qu’on peut acheter du papier toilette non emballé dans du plastique. On n’y arrive pas tout le temps, parce que parfois, il y a des produits, dont on a besoin d’urgence. Nos actions ont vraiment commencé avec le compost, et de là, on a réfléchi, à tout ce qu’on mettait à la poubelle, et à chaque fois, on réfléchissait à comment faire pour éviter le déchet jeté, ou comment les réutiliser pour ne pas les jeter.

Si oui, quel est le déclic qui t’a donnée envie d’agir à l’époque ?

J’étais plus jeune. J’étais monitrice de voile, l’été, aux Glénans. J’étais bénévole, et je passais l’été là-bas. J’ai fait ce job d’été pendant 10 ou 12 ans. C’est là-bas, que j’ai rencontré Robin. Je pense que c’est sur les îles, que j’ai eu cette prise de conscience pour l’environnement. Les îles Glénan, c’est un archipel au sud de Concarneau. C’est un archipel avec plein d’iles, dont quatre sont utilisées par l’école de voile éponyme. Tu peux aller là-bas pour une semaine ou quinze jours, en tant que stagiaire. Mais en tant que moniteur, tu peux y rester tout l’été. Et on avait neuf types de poubelles. La poubelle verre, la poubelle mer (celle où tout ce qu’on ne mangeait pas partait à la mer, sauf les peaux d’agrumes, et tout ce qui flottait, on ne le mettait pas dans cette poubelle). La poubelle terre, la poubelle piles, la poubelle briques de lait et de jus de fruits, la poubelle boites de conserves… Et le but du jeu, c’était de se souvenir chaque semaine, de toutes les poubelles, et de faire le pitch en tant que chef d’île pour expliquer les différents contenants et les déchets qui allaient dans chaque poubelle. C’est ancré depuis que j’ai eu quinze ans, avec mon premier stage, puis ensuite je suis devenue monitrice, cheffe d’île. J’ai aussi été liaison, le bateau qui fait le ravitaillement avec le continent. Tu te rends compte de la quantité de matériel que tu amènes à chaque stage, et la quantité de poubelles que tu ramènes sur le continent. C’était hyper concret. Sur une des îles, nous sommes 300, voire 350 par semaine, et les trois autres, cela doit être 100 stagiaires par île.

Plus les années passaient et plus je m’impliquais en tant que bénévole. En février, chaque année, on allait ouvrir les îles. On préparait, on remettait les bateaux en état de naviguer, on ouvrait les bâtiments, on enlevait les troncs d’arbres, on tondait. A chaque fin d’hiver après les tempêtes, il y avait des containers, qui étaient tombés à l’eau, et déversaient des déchets sur les îles. Une fois, nous sommes arrivés après une tempête, et il y avait des pastèques, des ananas, et des seringues, par centaines de milliers sur toute la côte sud Bretagne. Tu arrives sur l’île, et tu viens te balader, et j’étais encore à mi-chemin sur le chemin qui traverse la dune pour arriver à la plage, et on avait déjà rempli chacun un seau de seringues. Tout ce que j’ai vécu sur les îles, cela m’a sûrement ouvert les yeux sur l’environnement. Mais une fois, dans mon travail, dans les tours du monde, je me sentais moins affectée. C’est vraiment en revenant à la maison, que j’ai réfléchi aux poubelles, et aux déchets.

Dans ton entreprise comment agis-tu pour protéger la nature ? Quelles sont les actions que tu as mises en place ?

Le déclic par rapport à mon entreprise, j’ai décidé de me lancer dans les fleurs. Et en commençant à faire des recherches, je me suis rendue compte qu’elles étaient importées, qu’elles étaient remplies de pesticides, qu’il y avait du plastique partout pour la logistique. Cela m’a un peu démotivée. Et puis, un jour, j’étais dans une salle d’attente d’un médecin, il y avait un Paris Match, avec une double page sur le collectif de la Fleur Française. Au sein du collectif, ils expliquaient qu’ils valorisaient les fleurs produites en France, qu’ils avaient des méthodes de production raisonnée. Cet article m’a permis de me dire, c’est peut-être possible. J’ai décidé d’aller les rencontrer, pour voir si je pouvais construire quelque chose avec eux. A partir de là, je me suis posée plein de questions : comment faire pour s’approvisionner qu’avec des fleurs françaises, et cultivées de façon raisonnées. Et non pas des fleurs cultivées sous serre, éclairées artificiellement comme aux Pays-Bas.

J’ai essayé de trouver des petits producteurs, avec des petites cultures. L’approvisionnement est plus fluctuant. C’est pour ça, que je parle de « bouquets de la semaine » en fonction des fleurs que je reçois, et non pas de « bouquets de tulipes » ou autre. Cette semaine par exemple, j’ai eu des tulipes oranges, et pas des tulipes roses. J’aime bien cette magie là, de ne pas savoir ce que je vais recevoir. Travailler avec des personnes qui respectent l’environnement, qui respectent leurs productions. Et après le plastique, c’est aussi un grand sujet. De mon côté, cela a été très facile d’enlever l’emballage plastique autour des bouquets, et de proposer du papier kraft. De proposer quand il y a du papier de soie, si le bouquet est offert, que le papier soit certifié et issu des forêts gérées durablement, avec de l’encre végétale, du papier ensemencé, avec de la petite ficelle. Pour moi, ce fut facile d’agir entre moi et le consommateur final. En revanche, c’était facile, entre mi-mars et mi-novembre, en saison, j’ai pu m’approvisionner auprès de producteurs bretons. Eux globalement, je les vois, je prends les fleurs de leurs seaux, je les mets dans mon seau, et il n’y a pas de plastique entre nous. Il y a parfois des élastiques, et du coup, je fais des sacs d’élastiques récupérés à la maison, et je leur donne tous les mois. Il y avait aucun emballage.

Je suis arrivée à la fin de la saison, mi novembre, à devoir m’approvisionner dans le Var, car ils ont un climat qui leur permet de poursuivre la production de fleurs. Et je recevais des cartons, et les fleurs étaient emballées, chaque botte de 10 fleurs était emballée dans une housse de plastique. J’ai eu de la chance de tomber sur un seul producteur qui regroupe plusieurs producteurs autour de lui, et qui m’envoie ses fleurs. Il a bien accroché avec ma démarche, et à partir de janvier, il m’a envoyé une fois, une botte de fleurs emballée dans un papier. Il ne me l’a pas dit à la commande. J’ai ouvert le carton, et j’ai vu que les fleurs étaient dans du papier, elles avaient bien voyagé, alors je l’ai appelé et je l’ai remercié. Les fleurs doivent être suffisamment aérées, elles ne doivent pas recevoir une goutte d’eau, sinon elles brunissent, alors le transport est une opération hyper sensible.  Je lui ai dit qu’elles avaient fait bon voyage. Et depuis, dès que je reçois un colis de ce producteur, il emballe les bottes dans du papier. Et pour les élastiques, car pour les producteurs, les élastiques, c’est un gain de temps pour créer les bottes de fleurs, il y en a qui les remplacent par du rafia, mais ceux qui font des grands volumes, ils n’y arrivent pas encore. Il faudrait trouver quelqu’un qui crée des élastiques durables.

Au niveau de ma distribution, j’ai fait le choix de ne pas avoir de boutique. Pourquoi ? Pour ne pas avoir de stocks, et gaspiller les invendus. Déjà quand tu as une boutique, pour que les gens aient envie d’entrer dedans, il faut qu’elle soit jolie. Tu as des fleurs en vitrine, qui sont perdues. Tu achètes des fleurs, pour qu’elles ne servent pas à embellir la maison de quelqu’un. Et pour moi, ce n’est pas logique. Il y a des producteurs, qui ne coupent pas les fleurs, pour que les abeilles puissent continuer à les butiner. On les coupe, pour qu’elles restent plus longtemps fraiches, mais elles ne peuvent plus être butinées. Si tu coupes les fleurs, pour qu’elles ne servent pas, c’est dommage. C’est pour cela que je n’ai pas créé de boutique, et avoir des bouquets frais.

Parfois, j’ai des demandes pour des bouquets le dimanche ou le lundi, mais je réponds non désormais. Au début je n’osais pas dire non, par peur de contrarier les clients. Mais aujourd’hui, je leur explique pourquoi. Et souvent, ils me disent, ce n’est pas grave, on attendra mercredi, on n’est pas à trois jours près. Il suffit parfois d’expliquer, de faire comprendre que les demandes dans l’immédiat sont parfois mauvaises pour tout le monde, pour la planète. Et qu’il suffit parfois d’attendre un peu, d’être patient, pour avoir un beau produit de qualité et respectueux de la planète. 

Qu’est ce qui t’a décidée à mettre en place ces actions ?

Je ne me serai pas lancée sinon. L’idée de la reconversion, c’était pour moi à titre personnel, d’avoir plus de temps à la maison, de prendre le temps de connaître mes voisins, de découvrir la vie autour de chez moi, et d’ajouter de la créativité dans ma vie aussi. Je travaillais avant, beaucoup sur excel, au bureau. Et ça aurait pu être les fleurs, comme ça aurait pu devenir autre chose, si je n’avais pas trouvé ce que je voulais dans les fleurs. Je pense que je me serais pas lancée si je n’avais trouvé ces producteurs, ce mouvement de la fleur française.

En agissant ainsi dans ton quotidien d’entreprise, cela t’a-t-il permis de prendre davantage conscience de notre lien avec la nature ?

Oui, complètement. Je m’émerveille de tout, même parfois d’un légume qui a une forme de travers. J’adore. Ça donne envie de protéger la nature, de regarder autour de soi. J’ai les yeux qui se sont grands ouverts depuis. Quand je me balade, c’est Noël ou la chasse aux œufs de Pâques. Le lien, il est même direct. Le fait d’être autant engagée avec les Bottes d’Anémone me fait faire encore plus attention, et encore plus de progrès à titre personnel, à la maison. On va aller s’approvisionner ici, parce qu’il produit ainsi, ou elle fabrique de telle manière. Il y a des découvertes tous les jours. Dans ton fonctionnement au quotidien, l’impact sur la nature, il est direct. Et j’habite, dans une rue, qui descend sur le port. Quand il pleut, tout ce qu’il y a dans mon jardin, dans le jardin des voisins, descend directement dans l’eau du port. C’est une image que j’ai en permanence. Quand tu habites en ville, tu ne te rends pas vraiment compte. Ici, tout va dans le port, que ce soit les pesticides des jardins, les mégots lors des fêtes du village. Quand ils ne viennent pas assez vite ramasser les mégots après une fête de village. Le lien est évident. C’est presque immédiat. Ce que tu fais mal, ou l’effort que tu n’as pas fait, tu vois la conséquence directement. Au Bono, un jour, il y a eu une fête sur le port. Nous venions de nous installer. Et on adore quand il y a des fêtes sur le port, en été, il y en a très souvent. Et ils ont oublié d’installer des cendriers et des poubelles. Cela devait être un vendredi soir, le samedi et le dimanche personne n’est venu pour ramasser les mégots et les déchets. Le lundi, il a plu averse, et quand ils sont venus nettoyer, c’était trop tard, les mégots étaient tous descendus dans le port. Nous, ça nous a choqué. Je leur avais écrit à l’époque. Aujourd’hui, je suis dans la commission maritime au Bono, donc je leur dis toutes les petites choses qui comptent.

Ces nouveaux comportements penses-tu que cela influence ton entourage de l’entreprise ?

Oui, je pense. L’engagement dans le zéro déchet, ou le moindre déchet, il a eu un impact dès les premiers mois sur les producteurs de fleurs. Comme le rafia, pour remplacer les élastiques, le papier pour remplacer le plastique pour les livraisons. Et après, je pense aussi, je vois des effets dans mes relations avec les fournisseurs. Par exemple, une productrice auprès de laquelle je n’arrivais pas à avoir des fleurs, et qui produit plein de fleurs, mais elle les vend en direct sur les marchés. Elle écoulait tout son stock via les marchés, car elle est implantée depuis longtemps. Elle ne prenait pas le temps de répondre à mes demandes, et le fait de la solliciter l’hiver, une période plus creuse pour elle, elle a accepté de me livrer des tulipes toutes les semaines.

Et elle est contente de m’aider. Peut-être qu’elle gagne moins d’argent en travaillant avec moi, plutôt qu’en vendant en direct aux particuliers. Mais elle veut m’encourager, et soutenir ma démarche. Il y a donc des changements pour elle, aussi. C’est beau de voir ces changements en quelques mois.

Dans les clients, il y a beaucoup de gens qui prennent conscience de l’impact environnemental des fleurs, à mon contact. Certains me disent, je ne savais pas, je ne vais plus acheter de fleurs, ou seulement avec vous. Et à côté, ce que je trouve extraordinaire, ce sont les personnes qui me disent, je n’achetais plus de fleurs, par conviction, et de voir que votre démarche existe, cela me redonne envie d’en acheter. Ces petits mots me font chaud au cœur. Cela me donne envie de poursuivre, cela me redonne confiance dans le fait qu’il va y avoir des changements dans cette filière. Il n’y a pas encore grand monde qui connaît ces impacts. Certains peuvent dire aussi, que cela ne sert à rien de faire pousser des fleurs, pour les faire mourir dans un vase, qu’il est préférable d’acheter des plantes. Et je peux comprendre. Je ne sais pas quoi leur répondre. C’est une conviction comme une autre. Je pense que les fleurs coupées sont produites pour les fleuristes et être vendues aux particuliers. Et je pense aussi, que d’avoir des productions de fleurs, c’est complémentaire des maraichers, de l’apiculture. Tout est complémentaire. Acheter des fleurs, c’est un luxe. Puisque nous n’en avons pas besoin pour nous nourrir. Mais c’est de la joie, du lien social… Il y a dix jours, j’étais chez des producteurs, qui sont en train de reprendre une exploitation qu’une femme arrête, au croisement des départements 22, 56 et 29. Ils vont avoir des pivoines et du feuillage, et au fond, il y a un apiculteur qui a installé des ruches.  Ils travaillent ensemble.

Côté entreprises, la semaine dernière, la Compagnie du Golfe m’a commandée un bouquet pour une salariée. J’échangeais avec la femme qui avait pris la commande et je lui ai dit que je passais devant l’entreprise tous les jeudis et vendredis, et que je pouvais leur apporter des bouquets quand ils le souhaitaient. Elle m’a répondu que pour eux c’était une évidence de soutenir une personne engagée, comme moi, dans le développement durable et que je pouvais compter sur eux pour les prochaines commandes. Je dépose aussi les bouquets toutes les semaines dans une boutique, et elle me dit, c’est fou, la clientèle est assez âgée, et les clientes lui demandent d’où viennent les fleurs, et lui disent qu’elles n’ont pas vu de fleurs comme cela depuis 50 ans, et aussi belles. Cela leur permet de créer du lien avec leurs clientes, dans la salle d’attente. Cela fait un sujet sur lequel l’entreprise peut parler en expliquant qu’elle soutient une démarche locale.

Quelles sont tes sources d’inspiration pour agir autrement ? Pour produire autrement ?

Je n’ai pas envie d’abîmer la nature, car c’est mon terrain de jeux direct. Je me réveille, je regarde au bout du port, le week-end, je pars faire du bateau, le soir, en semaine, on nage dans le Golfe. On va surfer. Je n’ai pas envie d’abimer les océans. Je fais le lien entre la production de fleurs, qui utilise beaucoup de pesticides, et le fait que si je mets un produit dans mon jardin, cela court directement dans le port. Cela peut paraitre plus lointain, mais tout est lié. Je pense que c’est ma seule source de motivation. Savoir que j’ai une voix à porter pour la planète. Depuis Noël, j’ai envie de montrer que de vendre des fleurs françaises, c’est possible. Il y a plein de gens qui souhaitent se reconvertir, et de nombreuses personnes souhaitent travailler dans la filière des fleurs. Ces personnes font des formations classiques, qui n’ont pas encore bien intégré la démarche de la fleur française, et n’expliquent pas encore très bien l’impact environnemental des filières classiques. Et du coup, de porter la voix de la fleur française, de montrer que c’est possible de s’approvisionner en local, et de faire autrement, de les inspirer, c’est une chose qui me motive au quotidien. D’échanger avec des personnes sur ce sujet, qui trouvent ma démarche inspirante, et qui sont ravies de savoir que c’est possible de faire autrement, cela m’arrive régulièrement. C’est pour cela que je suis aussi transparente dans ma communication. Plus tu montres que c’est possible, plus tu agrandis ton impact : montrer que c’est possible de s’approvisionner en fleurs françaises toute l’année, et d’en vivre et de proposer des beaux bouquets. Il a été dit que si tous les fleuristes en France ne s’approvisionnaient qu’en fleurs françaises, on n’aurait pas assez de fleurs pour répondre à la demande. Les producteurs de fleurs ont été divisé par dix depuis plusieurs années. Il n’en reste plus que 343. Il y en avait 4000 dans les années 70. Cela a diminué du fait de la concurrence des pays étrangers, et du fait que le métier de producteur de fleurs est très difficile, et très ingrat. Ceux qui produisent en Bretagne, il suffit qu’il y ait une tempête, de la grêle, une tempête de vent, qui retourne une serre… Et si ta rose, elle n’est pas parfaite, tu ne peux pas la vendre.  Dans la fleur, il serait peut-être  possible de créer d’autres circuits pour les valoriser. Tu peux faire sécher les fleurs, ça ne se voit pas si la fleur n’est pas parfaite. Il y a de plus en plus d’usages cosmétiques. Il y a des débouchés, mais qui ne sont pas encore beaucoup utilisés par les producteurs classiques.

Quelles sont les personnes ou les outils qui t’ont accompagnée ou qui t’accompagnent dans ces nouvelles pratiques, dans ces changements ?

Le collectif de la fleur française, qui est une association nationale. Les membres, ce sont des producteurs, des grossistes et des fleuristes. Il y en a partout en France. Mi février, il y avait une réunion Grand Ouest. On a fait une grande réunion, et on a tous réfléchi ensemble, à la question de la logistique et de l’approvisionnement. Il y a tellement de producteurs en Bretagne, mais il n’y a pas de circuit de distribution, pas de logistique. Il n’y a pas de camion qui relie tous les producteurs et livre à tous les fleuristes. Il nous faudrait de la stabilité, pour permettre aux producteurs de se développer, et aux fleuristes de s’approvisionner chez eux. Sinon les fleuristes continueront à utiliser les autres circuits. Il y a vraiment besoin de ce maillon transport, et nous espérons réussir à le faire avec le collectif. Ce collectif nous permet de réfléchir et de devenir acteurs de nos solutions.

Les producteurs, j’échange aussi beaucoup avec eux. Ils sont tout le temps débordés. C’est un métier difficile. On échange mieux hors saison, ils ont davantage le temps pour me rencontrer et échanger sur nos métiers respectifs. Et puis j’adore connaître la petite histoire des gens, alors je pourrais rester des heures avec eux. Nathalie, qui produit les tulipes, j’adore son histoire. En début d’année, j’ai pu la rencontrer et échanger beaucoup plus avec elle. 

Je ne suis pas sûre que j’ai d’autres outils pour m’accompagner, tu es un peu tout seul dans la nature quand tu veux nager à contre courant. Heureusement qu’il y a le collectif de la fleur française, j’espère que cela restera collaboratif. Avec d’autres fleuristes engagés dans le Morbihan, aussi, j’ai des échanges. J’ai rencontré Koupaïa Atelier Végétal, qui crée avec des fleurs séchées. Elle a trouvé un producteur d’eucalyptus dans le Morbihan, et elle m’a proposé d’aller le rencontrer ensemble. Et inversement, quand j’ai trouvé une productrice de fleurs séchées, je lui ai indiqué le nom du producteur, qui est dans les Pyrénées, et on se partage les tuyaux entre nous. C’est important de se soutenir les uns les autres. Il y a aussi une fleuriste de Guidel, qui s’installe actuellement et avec qui on échange beaucoup. Comme pour les fleurs du Var, c’est coûteux pour moi toute seule, de les faire venir du sud de la France. Alors, on a décidé de partager les coûts de transport, et de regrouper nos commandes pour réduire les frais de transport.

Que t’apportent ces actions pour la nature au quotidien ?

L’un n’irait pas sans l’autre. Je pense que les actions que je mène, c’est le minimum, et je me dis que je ne dois pas me reposer sur mes lauriers, et chercher de nouvelles solutions. Le kraft, c’est bien, mais j’aimerais trouver quelque chose de mieux, et les élastiques, je suis persuadée qu’il existe quelqu’un quelque part qui a créé, ou qui étudie, un produit sans caoutchouc pour le remplacer. J’ai envie de trouver d’autres solutions, d’autres idées, et de continuer à les partager autour de moi, pour que cela bouge. Parfois, je me rends compte que les gens m’associent individuellement aux Bottes d’Anémone. J’ai vu des personnes, complexer face à moi,  de ne pas faire assez pour l’environnement. Parce que j’en parle beaucoup, dans le cadre de mon entreprise, et souvent je temporise, en disant que je ne suis pas parfaite non plus. J’ai un IPhone, je regarde des séries sur NetFlix, et je pense que ce n’est pas très bon pour la Planète. Je mange de la viande. Les gens associent ma recherche de zéro impact avec mon entreprise, au fait que je puisse juger leurs comportements ou leurs actions, quand je les vois. Alors que pas du tout, je suis juste contente de les voir. L’important, c’est d’essayer et d’y aller petit à petit. Mon engagement m’a apporté plein de choses, dans ma consommation quotidienne, la nourriture que j’achète, ou les objets, je ne pense plus à acheter la première chose disponible. Je prends du temps, et je cherche des entreprises engagées pour ma consommation personnelle. Un exemple, c’est ma coque d’Iphone, avant j’aurais acheté n’importe laquelle, parce qu’il fallait que je protège mon téléphone, et en fait, je suis tombée sur une entreprise qui crée des coques de téléphone en coquillages recyclés. Pour toutes ces choses, je prends le temps de chercher et je m’y intéresse. Etre moins dans l’urgence, prendre le temps de chercher ses cadeaux… Prendre le temps de faire des achats qui ont du sens. Mais parfois, je bloque, je n’arrive pas à trouver un cadeau qui a du sens, et cela m’arrive de ne pas réussir à trouver « le » cadeau qu’il faut. Ma mère habite en Guyane, par exemple, et je voudrais pouvoir lui offrir des fleurs qui viennent de Guyane, et je ne trouve pas, tous les fleuristes font venir les fleurs de métropole. Une fois, j’ai offert un bouquet de fleurs à ma mère, elles ont pris l’avion, elles ont été mises en bouquet par un fleuriste à Paris, et elles ont été livrées un jour plus tard, parce qu’elles étaient gardées à la douane. C’est dingue de lui envoyer des fleurs de métropole. Alors que là bas, ils ont des fleurs magnifiques. Cela change le regard sur l’urgence de chaque consommation. Cela change dans ma famille, beaucoup de choses. Tout le monde se sent touché. De me voir mettre autant d’efforts dans mon entreprise pour changer les choses, cela les fait réfléchir au quotidien aussi. Ma famille lyonnaise, par exemple, ils ont trouvé le fleuriste, adhérent de la fleur française de Lyon. C’est chouette.

Quelles sont les actions que tu souhaiterais mettre en place pour aller plus loin dans la protection de la nature ?

Il y a un truc essentiel. Tout est lié. Trouver un système logistique pour m’approvisionner en Bretagne, mais pas que pour moi. Un système local. Ne pas utiliser le grossiste du sud ouest, de l’est. Il doit y avoir un moyen de créer notre système Grand Ouest. D’ailleurs, si je réussis avec La Fabrique Aviva, j’aimerais bien utiliser une partie de l’argent pour développer une solution logistique pour approvisionner la Bretagne. Trouver un moyen de transport pour faire le tour des producteurs et desservir les fleuristes chaque semaine. C’est la régularité qui nous permettra à tous de se développer. Si tu te lances, et que tu ne sais pas si tu auras des fleurs chaque semaine pour créer tes bouquets, c’est compliqué. Moi, c’est ce que j’ai fait, parce que j’ai eu ce grain de folie de dire : j’essaye et je verrais bien. C’est ce projet, le prochain sur ma liste. Comme la saison redémarre, les producteurs auront tous des fleurs, et c’est maintenant qu’il faut le faire. Et puis, à la fin de la saison, on réfléchira à améliorer le système. Là, j’ai pris tous les codes postaux des producteurs, et j’ai démarché des transporteurs pour connaître les prix. Il y a des producteurs qui pourraient se regrouper, dans des rayons de 50 km. Les fleuristes pourraient aussi se regrouper pour venir chercher les fleurs chaque semaine. Il faut créer un système parallèle.

Les pesticides, aspergés, ou dans les réseaux d’irrigation, soit c’est dans l’air, soit c’est dans l’eau. Pesticides, parce qu’ils veulent des tiges identiques en production de masse, et parce que la production est décalée par rapport à la saisonnalité. Par exemple, au Kenya, ou en Equateur, ils font en sorte que les rosiers fleurissent six fois dans l’année. Parce qu’ils ont les bonnes conditions climatiques, et ils utilisent aussi beaucoup d’engrais et de pesticides. Les avions réfrigérés, aussi, parce que c’est un produit frais, et que les fleurs ne supportent pas les longs voyages en containers. La Hollande, je ne connais pas le volume de production mais c’est énorme au niveau mondial, et ce sont des serres chauffées et éclairées jour et nuit, pour produire toute l’année. C’est une consommation d’énergies monstrueuse. Et le dernier impact important, c’est le plastique. Par exemple, tu peux chercher les images de la mort de célébrités comme Diana ou le prince Philip plus récemment : c’est des grilles, des milliers de bouquets de fleurs accrochés avec un emballage plastique. L’emballage plastique des bouquets, et les plastiques utilisés entre les producteurs et les grossistes, et des grossistes aux fleuristes. Tout est dans du plastique. Tu as aussi, l’évènementiel, qui produit beaucoup de plastique. Quand ils font par exemple une arche de fleurs, il y a des rectangles en mousse, c’est du plastique à usage unique. Alors qu’aujourd’hui, il existe d’autres techniques pour éviter ces mousses « No Flower Foam », avec des seaux, des grillages, des pipettes réutilisables, ou des feuillages qui ne s’abiment pas. Il y aussi le système d’accroche : ils accrochent tout avec des colliers en plastique, à usage unique. 

Quelles seraient les premières actions à mettre en place pour tes pairs, si tu avais un conseil à donner ?

Demander des fleurs françaises. Si tu demandes des fleurs françaises, tu crées une demande stable. Cela crée des emplois, et de la stabilité pour les producteurs français. Qui dit qu’il y a assez de fleurs, et assez de demandes sur le marché, dit que le système logistique se mettra en place pour approvisionner tous les maillons de la chaine. Qui dit moins de transport, dit moins besoin de plastique pour protéger, et c’est peut-être possible à nouveau de faire voyager les fleurs dans des seaux d’eau. Le premier geste, pour moi, c’est de demander des fleurs françaises à grande échelle. Tant que les consommateurs ne demandent pas des fleurs françaises à leurs fleuristes, les fleuristes ne vont pas changer leurs pratiques et chercher des producteurs autour d’eux.

Si tu avais un message à faire passer aux autres humains, pour aider la planète, quel serait-il ?

Regarder dans un rayon de 5 km autour de chez soi, tout ce qui se fait. Tout. Le producteur, l’éleveur, le gars qui répare des toits, la personne qui crée des meubles avec des matériaux de récupération comme Marion qui a créé Atelier Ti Wood. Regarder dans un rayon de 5 km tout ce qui existe, avant d’aller chercher sur Internet ou dans la grande ville à deux heures de route. Cela prend un peu plus de temps, de recherche, mais si tout le monde le fait, cela rendra tous les producteurs, les artisans un peu plus visibles. Que ce soit en ville ou à la campagne, cela peut fonctionner.

                                                                                      Propos recueillis par Kristell Labous

CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES : CATHY MARION

Les dimanches Je & Nature – Février et Mars

Au mois de février et au mois de mars, Je & Nature vous propose des moments autour du conte et de la nature, les dimanches matins.

Tout un programme vous attend pour découvrir la nature et vous reconnecter à votre vraie nature : méditation contée, cercle conté, moment conté parents-enfants.

Informations

Il était une fois la Nature – à partir de 4 ans : 10 euros par personne

La Méditation Contée – à partir de 15 ans : 10 euros par personne

Le cercle conté – à partir de 15 ans : 20 euros par personne

L’Atelier Je & Nature – à partir de 8 ans : 25 euros par personne

Les ateliers de janvier

Que cette année vous emmène vers un magnifique voyage, celui de la découverte de la nature. Un voyage où l’Homme et la nature seront des alliés, où l’Homme retrouvera sa place sur notre planète, un être vivant en harmonie avec les forêts, les océans, les déserts, les lacs et les rivières.

Et oui, c’est possible. C’est mon rêve pour demain. Et vous, quel est le vôtre ?

Pour commencer cette année de voyage, je vous propose deux ateliers en janvier :

  • un atelier Je & Nature pour découvrir et protéger la nature dimanche 31 janvier, une matinée pour découvrir par les jeux nos interactions avec la nature au quotidien
  • un cercle conté pour partager ensemble nos rêves pour demain, dimanche 24 janvier, un moment doux et cocooning pour se reconnecter à nos rêves

Inscription par mail ou par téléphone : 0606525077

Joli mois de janvier !